Y-a-t-il un pilote dans l’avion ?

Dès la fin du débat, les réactions affirmaient l’absence de « consistance » des Chefs de Partis. Néanmoins, ce qui se confirme surtout ici c’est que le journalisme – tel que pratiqué en tous les cas ici – ne sait plus du tout interroger le monde politique actuel.

« On récolte ce que l’on sème », dit le proverbe.

A des « questionnettes », Ruth Elkrief a obtenu des « mesurettes ». Et on s’étonne que le débat n’ai pas été à la hauteur ?! Qui tire qui vers le bas ? Il serait intéressant de se poser quand même cette question de temps à autres.

Le challenge de la réconciliation

Bien vu comme question ! Mais c’est trop tard. Ce challenge était celui de l’ère « Hollande ». C’était à lui qu’il fallait poser ces questions fondamentales de réconciliation entre le « peuple » – comme aime à nous appeler Monsieur Mélanchon – avec la classe politique après le tsunami opéré par Sarkozy sur les symboles les plus forts de la fonction présidentielle.

Aujourd’hui, ce qu’on voit, c’est que Ruth Elkrief est la représentation ou l’expression de cette grande confusion dans laquelle le monde de manière générale est plongée. On se trompe d’époque, de questions, de manière de les poser… On entretient, de manière sans doute inconsciente, l’ancien sans aucune prédisposition à ouvrir la voie vers de la nouveauté.

Alors, peut-être que notre classe politique date un peu. Why not ! Mais d’abord, il faut quand même reconnaître que les dites « nouveaux élu(e)s » aux affaires ne nous montrent pas vraiment d’innovation.

Par ailleurs, on peut se demander si ce n’est pas la manière dont on interroge actuellement les élu(e)s qui serait aussi à revoir ? La question est posée. Peut-on raisonnablement exiger des élu(e)s anciens ou nouveaux de faire preuve de quoique ce soit d’innovant quand on les enferme dans un mode de questionnement de la société qui est totalement obsolète ?

Du coup, à vieilles questions, à vieux schémas de fonctionnement journalistiques, vieilles réponses, vieux réflexes des élu(e)s lorsqu’ils sont face au diktat de l’image médiatique. Résultat : le sentiment général exprimé sur les plateaux de télévision « qu’on tourne en rond » et que la déconnexion et l’incompréhension grandissent continuellement.

Entrer dans l’ère du changement, n’est-ce pas se demander QUI nous sommes où voulons êtres aujourd’hui, plutôt que ce que nous proposons de FAIRE ?

Cette question n’est tout bonnement jamais posée, ni individuellement aux « Chefs » de Partis, ni collectivement, au « peuple ». Nous sommes face à une crise. Le constat est juste ! Mais les solutions viendront sans doute de nouvelles manières de penser le monde.

L’enjeu politique n’est pas la RECONCILIATION. Celle-ci est l’objectif à atteindre par le monde politique pour installer les conditions d’un vivre-ensemble serein et harmonieux dans notre société.

L’enjeu est celui d’une EVOLUTION DE CONSCIENCE du monde politique dans son ensemble ainsi que de la population ; une sorte de « guérison » de nos vieux schémas de pensée, ainsi que des postures et comportements obsolètes des responsables politiques. Sans cette « étape » d’évolution, en conscience, il n’y aura sans doute pas de réconciliation.

En déplaçant le champ de gravité vers un questionnement lié aux manières d’être au monde et avec le monde des élu(e)s, nous n’aboutirons plus à des réponses d’ordre « pragmatiques » comme tente de nous les donner le Gouvernement actuel et qui apparaissent, à priori, totalement inopérantes. Mais nous irons au coeur de la solution en soulevant des interrogations profondes sur les voies à emprunter pour qu’il s’opère de véritables changements d’état d’être et de comportements dans toute la classe politique. Car c’est aussi de cela que parle le « peuple », la crise des Gilets Jaunes, les revendications pour l’environnement et que certains élu(e)s ne veulent pas entendre.

Nous sommes face à une absence profonde de leaders inspirés et inspirants. Et en guise de réponse, les élu(e)s font du média training !

Ce qu’on refuse aujourd’hui, c’est ce comportement des « élu(e)s » au pouvoir de manière générale. Une sorte de ras-le-bol généralisé auquel les réponses pragmatiques de Monsieur Guérini ne changent et ne changeront rien.

Un changement de comportements de la classe politique est attendu dans l’ensemble de la population

Alors pourquoi on n’en parle jamais ? C’est une grande énigme. Mais j’ai une petite idée. Est-ce qu’il serait possible que ce soit parce que ce type de changement nouveau demande de bouleverser l’ordre des choses ? En demandant notamment aux élu(e)s de se remettre en question personnellement ? Il renvoie non plus à des solutions externes (il faut faire ceci, faire cela, il faut que, c’est à cause de lui, d’elle… etc.) mais aux propres capacités personnelles des « élu(e) », des « chefs » à se remettre en question dans ses propres croyances et comportements personnels. C’est-à-dire dans son essence et dans ses comportements face au pouvoir qui leur a été confié.

Une issue ? L’ouverture à plus de conscience

Nous semblons être face à une crise de conscience à l’intérieur de laquelle les responsables ont du mal à se regarder en face et de voir la vérité de ce qui est. Il est tellement plus facile de critiquer l’autre et d’entretenir l’idée que tout le mal vient de l’extérieur. Je rappelle ici en passant qu’en faisant cela on joue dans la cour du FN sans en être probablement conscient. D’où l’importance de plus de conscience dans les comportements politiques.

Cette absence de regard lucide sur soi pourrait être actuellement l’une des raisons principales pour lesquelles leurs discours ne résonnent plus, leurs « il faut » ne fonctionnent plus. La communication est brouillée, parce que les élu(e)s sont eux-mêmes comme coupé(e)s d’eux-même, de leurs valeurs, de leurs visions. Autrement dit, de leur vérité. Ils ne font plus ce qu’ils disent. Ils ne disent plus ce qu’ils font. Ils ne rêvent plus en grand (sauf du pouvoir). Et ils ne font plus rêver.

Ici se trouve la source initiale de la déconnexion.

Ils semblent comme désincarnés des discours qu’ils prononcent sur le devenir de la société. Et on s’étonne ensuite que nous-autres simples citoyens nous ne soyons plus en capacité de comprendre et d’accepter. Alors quand les gens ne veulent plus « subir » et bien ils choisissent « d’exister ». Et quand ils ne sont pas « entendus » et bien pour exister, ils agissent en devant parfois hurler pour faire entendre leurs désespoirs et leur refus d’avoir été abandonnés par leurs leaders. Au risque de faire péricliter tout l’équilibre économique, social et politique d’un pays. Au risque de voir basculer les fondements de la démocratie.