En me spécialisant en communication politique, j’ai notamment aimé observer les mécanismes du pouvoir en place ainsi que les postures des leaders. Chacun ses passions, je vous le concède !

Et en poursuivant mes recherches universitaires sur les processus de construction des images publiques et les possibilités qu’offrait la communication à son évolution, j’ai intégré un Cabinet de Président de Région (1998) qui est rapidement devenu pour moi « simple universitaire » un formidable laboratoire d’expérimentation et d’observation. Une aubaine de la vie !

Mes recherches m’amenant à m’intéresser de près à l’émergence du phénomène de marketing territorial, il avait pour effet une montée en puissance sans précédent de “directeurs de la communication” dans les collectivités et institutions publiques. Je redoutais pour tout dire que s’installe une forme de toute puissance et de manipulation de l’image publique. Alors même que j’étais plongée au coeur de la machine, la communication représentait encore pour moi, un moyen évident d’être en lien, d’être relié aux autres afin de contribuer à l’évolution de notre société. Mais je craignais que cette évolution ne détourne la communication de son sens originel. L’usage croissant de techniques de marketing, empruntées au monde de l’entreprise, s’est répandu de manière florissante ce qui a contribué, je pense, aux dérives que nous connaissons aujourd’hui dans l’univers de la communication politique.

« Un transfert de « pouvoir » s’est opéré de l’élu à son responsable de la communication. La posture du leader semblait alors avoir démissionné de son poste en se laissant embarquer par ses peurs les plus grandes »

Progressivement j’ai vu, non sans regret, la communication politique embarquer les élus dans une peur sans fond de leur image. Peur non seulement de « perdre la face », mais aussi et surtout peur de perdre le pouvoir. La manipulation s’est substituée au devoir d’information et est devenu en peu de temps la technique privilégiée de quelques conseillers en communication politique. Souvent proclamés experts, je me suis souvent demandé s’ils avaient véritablement pris conscience du résultat collectif de leurs actions ? Un transfert de « pouvoir » s’est opéré de l’élu à son responsable de la communication. La posture du leader semblait alors avoir démissionné de son poste en se laissant embarquer par ses peurs les plus grandes.

« En affaiblissant les élu(e)s, ce mécanisme au sein du pouvoir politique et médiatique a conduit les élus à se dé-centre progressivement d’eux-mêmes et de leurs missions »

Ce phénomène, relativement récent sur l’échelle de l’histoire politique, a été supporté par les médias. En affaiblissant les élu(e)s, ce mécanisme au sein du pouvoir politique et médiatique a conduit les élus à se dé-centre progressivement d’eux-mêmes et de leurs missions jusqu’à leur faire perdre toute connexion possible avec les citoyens, la société voire de la réalité. L’important devenait l’image et les sondages de popularité.

Cette évolution a créé une rupture avec la direction que je voulais donner à mon métier. Grâce à cette “crise de sens”, j’ai pu m’ouvrir à de nouvelles voies, inventer un « métier à ma manière », en me formant et en diversifiant la vision que je pouvais avoir de ma pratique.